Utilisation et réglementation des pesticides en milieu urbain au Québec: ce qu’il faut savoir

June 20, 2025
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Basé sur le webinaire présenté par Manon Desjardins, agronome et conseillère scientifique pour la division des pesticides au ministère de l'Environnement du Québec

Cette série de questions-réponses résume les points essentiels du webinaire sur l'utilisation et la réglementation des pesticides en milieu urbain au Québec, particulièrement en lien avec les immeubles commerciaux et la protection des pollinisateurs

Définitions et concepts de base

Q : Qu'est-ce qu'un pesticide exactement ?

R : Un pesticide est un produit destiné à détruire ou contrôler un organisme jugé nuisible ou indésirable, ou pour prévenir ou réduire les dommages qu'ils peuvent causer. Parfois, on ne cherche pas à éradiquer complètement, mais simplement à contrôler leur présence. Les pesticides peuvent également servir à éloigner les indésirables - par exemple, un insectifuge pour repousser les moustiques adultes plutôt que d'éliminer leurs larves.

Q : Comment un pesticide est-il composé ?

R : Un pesticide est composé de plusieurs éléments distincts. L'ingrédient actif principal est l'élément qui produit l'effet recherché, comme le glyphosate ou l'imidaclopride par exemple. S'ajoutent à cela les produits de formulation qui servent à lier la matière active et lui donnent des propriétés d'adhérence, de couverture, ou qui augmentent sa solubilité. Bien que l'ARLA (Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire) évalue l'ensemble de ces produits, nous n'avons pas toujours accès aux détails concernant les produits de formulation, c'est pourquoi la réglementation se concentre souvent sur l'ingrédient actif.

Q : Comment peut-on s'informer sur les risques des pesticides ?

R : Il existe un excellent outil appelé SAgE pesticides, développé en collaboration entre le ministère de l'Environnement, le ministère de l'Agriculture du Québec et l'INSPQ. Cet outil permet de faire une recherche simple sur l'ingrédient actif et de vérifier les effets sur la santé et l'environnement. Il propose des fiches détaillées mais aussi des fiches courtes avec des symboles avertisseurs facilement reconnaissables.

Calculateur d'indices de risque
Calculateur d'indices de risque - https://www.sagepesticides.qc.ca/Recherche/Calculateur

Pour les entreprises comme Alvéole qui gèrent des ruches urbaines, cet outil est particulièrement utile pour évaluer l'impact des pesticides sur les abeilles et recommander des pratiques sécuritaires à leurs clients.

Risques pour la santé et l'environnement

Q : Quelles sont les principales voies d'exposition aux pesticides ?

R : Il y a trois principales voies d'exposition :

  1. Les poumons : absorption très rapide, surtout dans les milieux confinés ou avec des produits en aérosol
  2. La bouche : contact des mains à la bouche après manipulation du produit ou contact avec une surface traitée
  3. La peau (principale voie) : le produit peut pénétrer directement par la peau, même si on se lave les mains après

Q : Quels types d'intoxication peut-on observer ?

R : On distingue principalement deux types d'intoxication liées aux pesticides. L'intoxication aiguë résulte d'une exposition de très courte durée et se manifeste par des symptômes qui apparaissent rapidement, soit quelques minutes à une heure après l'exposition, incluant des démangeaisons, nausées, vomissements et maux de tête, pouvant dans les cas extrêmes mener jusqu'au décès. L'intoxication chronique, quant à elle, découle d'une exposition à long terme et régulière à un produit présentant des risques élevés, et peut éventuellement causer des maladies graves comme certains types de cancers ou l'Alzheimer.

Q : Quels sont les risques environnementaux ?

R : Il existe deux formes principales de pollution environnementale liées aux pesticides. La pollution ponctuelle correspond à une contamination momentanée qui survient lors du mélange ou de l'application du produit, par exemple lorsqu'il y a dérive vers une ruche à proximité. La pollution diffuse, quant à elle, représente une contamination indirecte qui se produit par lessivage, infiltration ou ruissellement vers les puits d'eau potable ou les cours d'eau, créant ainsi des risques pour la faune aquatique.

Portrait de l'utilisation en milieu urbain

Q : Quelle est la répartition de l'utilisation des pesticides au Québec ?

R : En 2022, la répartition de l'utilisation des pesticides au Québec se divisait comme suit : 77% étaient utilisés en milieu agricole, ce qui en fait le secteur dominant, tandis que 17% étaient destinés au milieu urbain incluant les usages domestiques et commerciaux. Les 6% restants concernaient d'autres utilisations spécialisées comme la foresterie, l'entretien des corridors de transport et le secteur énergétique.

Q : Comment se répartit l'utilisation en milieu urbain ?

R : La répartition du 17% d'utilisation en milieu urbain se divise en trois catégories principales. Les produits d'usage domestique représentent la plus grande part avec 75% des utilisations urbaines, tandis que 10% sont consacrés à la gestion des espaces verts et terrains de golf. Les 6% restants concernent la gestion parasitaire professionnelle, soit les services spécialisés pour le contrôle des rats, souris, punaises de lit et autres nuisibles.

Q : Que représentent les biopesticides en milieu urbain ?

R : Dans les 75% d'usage domestique, 73% des ventes sont des biopesticides, principalement :

  • Farine de gluten de maïs pour contrôle des pissenlits
  • Dioxyde de silicium pour les fourmis
  • Certains Bacillus pour contrôle des chenilles
  • Cellulose de trognon de maïs pour contrôle des rongeurs

Cadre réglementaire

Q : Comment se répartissent les responsabilités réglementaires ?

R : La réglementation des pesticides au Canada fonctionne selon un partage de responsabilités entre trois niveaux de gouvernement. Le gouvernement du Canada, par l'entremise de Santé Canada, est responsable de l'homologation des produits, et l'étiquette du produit devient réglementaire et doit obligatoirement être respectée. Le gouvernement du Québec, pour sa part, réglemente des aspects complémentaires comme l'entreposage, la vente, l'utilisation, la formation ainsi que la gestion des déversements et accidents. Finalement, les municipalités ont la possibilité de réglementer de manière plus sévère que la province, à condition que leurs règlements soient compatibles avec la réglementation provinciale existante.

Q : Quelles sont les obligations de base ?

R : Les obligations réglementaires se divisent en deux volets principaux. D'abord, les permis sont obligatoires pour les entreprises, propriétaires d'immeubles, municipalités et entreprises de service qui utilisent des pesticides, particulièrement lorsqu'il s'agit de produits d'usage commercial. Ensuite, les certificats sont exigés pour toutes les personnes qui appliquent directement les pesticides, ce qui nécessite une formation préalable et la réussite d'un examen. Il est important de noter qu'une formation continue devient maintenant obligatoire dans le secteur de la gestion parasitaire.

Q : Quelles sont les mesures de protection actuelles ?

R : Plusieurs mesures de protection s'appliquent actuellement aux traitements sur surfaces gazonnées pour assurer la sécurité. Durant l'application, seul l'applicateur certifié doit être présent sur les lieux, et il faut éviter d'exposer les animaux de compagnie au produit. Il est également essentiel de ne pas contaminer les surfaces non visées comme les piscines, bancs de parc ou ruches à proximité. Les applicateurs doivent respecter des distances d'éloignement spécifiques des cours d'eau, garderies et écoles, et un affichage obligatoire doit être installé après chaque traitement pour informer le public.

Nouvelles réglementations

Q : Quels changements entrent en vigueur en juillet 2025 ?

R : Les nouvelles réglementations de juillet 2025 introduisent des interdictions considérablement élargies. D'une part, le nombre de produits interdits sera pratiquement triplé par rapport à la liste actuelle. D'autre part, les espaces visés par ces interdictions s'étendent bien au-delà des surfaces gazonnées pour couvrir désormais l'ensemble de l'entretien des espaces verts, incluant les arbres, arbustes, plates-bandes et même les potagers.

Q : Sur quels critères se basent ces nouvelles interdictions ?

R : Les nouvelles interdictions se basent sur des critères normés comme ceux de SAgE pesticides, avec l'autorisation maintenue pour les produits classés légers ou faibles, tandis que les produits de modéré à extrêmement élevé seront interdits. Les biopesticides restent tous autorisés puisqu'ils appartiennent tous à la catégorie léger ou faible.

Q : Que maintient-on malgré les interdictions ?

R : Malgré les nouvelles interdictions, la réglementation maintient l'autorisation de tous les biopesticides, certains usages spécifiques qui limitent les risques d'exposition, ainsi que les traitements nécessaires à la protection de l'intégrité des bâtiments et du patrimoine bâti.

Solutions alternatives

Q : Comment planifier pour réduire l'usage de pesticides ?

R : La planification de l'aménagement dès la conception constitue la base d'une approche préventive efficace. Il est recommandé d'intégrer l'aménagement paysager directement lors de la planification de construction afin de prévoir d'avance les conditions favorables à un environnement sain. Cette approche consiste à miser sur la biodiversité plutôt que sur des rangées monotones d'une seule espèce, à choisir des plantes indigènes naturellement plus résistantes aux conditions locales, et à intégrer des végétaux qui attirent les pollinisateurs pour créer un écosystème équilibré.

Q : Quelles sont les bonnes pratiques d'entretien ?

R : Offrir des conditions de croissance optimales :

  • Arroser avec modération et respecter les restrictions municipales
  • Planifier l'arrosage automatique en matinée
  • Aérer la pelouse annuellement pour améliorer sa vigueur
  • Maintenir une hauteur de tonte élevée : une pelouse longue reste humide, vigoureuse et belle même pendant les périodes sèches
  • Accepter que la pelouse puisse jaunir temporairement en période sèche

Pour les gestionnaires d'immeubles commerciaux, Alvéole offre également des services de mesure et d'évaluation des pesticides sur les propriétés commerciales, aidant à identifier les pratiques les plus sécuritaires pour protéger les pollinisateurs urbains.

Q : Comment appliquer la tolérance et les méthodes alternatives ?

R : L'approche de tolérance se développe en plusieurs étapes progressives. Il faut d'abord apprendre à distinguer les véritables indésirables des insectes bénéfiques ou simplement inoffensifs, puis accepter de tolérer de petites quantités d'organismes qui ne causent pas réellement de problème significatif. Lorsque l'intervention devient nécessaire, il convient d'appliquer des méthodes alternatives avant d'atteindre un seuil intolérable, comme mettre du paillis dans les plates-bandes, poser des filets anti-insectes sur les potagers, couper les branches atteintes de maladies, effectuer un entretien automnal en enlevant les débris, ou procéder au ramassage manuel des insectes indésirables.

Ressources et contacts

Q : Où puis-je trouver plus d'informations ?

R : Plusieurs ressources sont disponibles :

Q : Comment vérifier la réglementation municipale ?

R : Le ministère tient à jour une liste des municipalités qui réglementent les pesticides, disponible sur leur site web. Les règlements municipaux sont généralement affichés sur les sites web des municipalités concernées.

Conclusion

La réglementation des pesticides en milieu urbain au Québec évolue vers une approche plus restrictive avec les changements de juillet 2025. L'accent est mis sur la protection de la santé publique et de l'environnement, tout en encourageant l'adoption de méthodes alternatives et de biopesticides. La clé du succès réside dans une bonne planification, l'information et l'adoption d'une approche de lutte intégrée privilégiant la prévention et la tolérance.

Pour des questions spécifiques sur la réglementation ou des conseils adaptés à votre situation, n'hésitez pas à contacter l'équipe des pesticides du ministère de l'Environnement du Québec.

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